Apéro quotidien : addiction ou simple culture ? Découvrez la vérité
Quand l’apéro quotidien devient-il une addiction ?
En été, il est courant de s’improviser des apéros plusieurs jours par semaine. Mais cela soulève une question : boire tous les jours est-il forcément un signe d’alcoolisme ? Le sujet a été relancé par le chanteur Ed Sheeran, qui expliquait dans le The Louis Theroux Podcast que ce que certains considèrent comme de l’alcoolisme peut simplement être une question de culture. Il déclarait notamment : « les Américains appellent quelque chose ‘alcoolisme’ que les Britanniques appellent simplement ‘culture' ».
Alors, où se situe la frontière entre une habitude culturelle et une véritable dépendance ? Selon l’Organisation mondiale de la santé, la consommation moyenne d’alcool par adulte est de 9,7 litres d’alcool pur par an, tant aux États-Unis qu’en Grande-Bretagne. Cependant, pour les spécialistes, la quantité ou la fréquence ne suffisent pas à déterminer un trouble. La vraie question est de savoir à partir de quand cette habitude, qu’elle soit festive ou quotidienne, commence à nuire à la santé ou à la vie de la personne.
« C’est la culture » : quand la norme sociale brouille les repères
En France aussi, l’alcool occupe une place importante. Le verre de vin à table, l’apéritif entre amis ou les fêtes de famille font partie du quotidien de nombreuses personnes. Cette dimension culturelle peut compliquer la distinction entre consommation normale et problématique. Jessica Steinman, directrice clinique de No Matter What Recovery à Los Angeles, souligne que plus l’alcool est banalisé dans une société, plus il est difficile de repérer le moment où cela devient une dépendance.
Le psychologue Chris Tuell, responsable des services d’addiction au Lindner Center of HOPE et professeur à l’Université de Cincinnati, rappelle que « ce qui est considéré comme ‘normal’ dans un pays peut sembler excessif dans un autre ». Il insiste aussi sur le fait que la culture ne suffit pas à définir un trouble : deux personnes peuvent boire la même quantité d’alcool chaque semaine et avoir des parcours très différents.
À partir de quand un simple apéro devient-il une addiction ?
Le trouble de l’usage de l’alcool se manifeste par une consommation difficile à contrôler, qui entraîne des conséquences négatives répétées dans la vie quotidienne, que ce soit au travail, dans les relations ou sur la santé. Jessica Steinman explique : « Peu importe où l’on vit ou la culture, quand l’alcool commence à affecter négativement la vie de quelqu’un ou quand la personne ne peut plus se maîtriser, il y a un problème. » Lorsqu’il sert surtout à « noyer » ses émotions ou à fuir ses difficultés, cela peut indiquer une addiction.
Selon Santé publique France, il est conseillé de limiter sa consommation à un maximum de 10 verres standards par semaine, avec pas plus de 2 verres par jour et pas tous les jours. Un verre standard correspond à environ 10 g d’alcool pur, par exemple un demi de bière, un petit verre de vin ou une dose de spiritueux. La seule consommation sûre reste zéro pendant la grossesse, avant de conduire, chez les mineurs ou en cas de traitements ou de maladies spécifiques.
Les signaux d’alerte à surveiller
Pour Chris Tuell, la fréquence n’est qu’un aspect. Il recommande surtout de repérer certains comportements :
- Difficulté à s’arrêter une fois commencé à boire
- Consommation plus importante ou plus fréquente que prévu
- Passer beaucoup de temps à se procurer ou à récupérer de l’alcool
- Continuer à boire malgré des tensions familiales ou conjugales
- Maintenir la consommation malgré un problème médical connu
- Boire lorsque l’humeur, l’anxiété ou la dépression se dégradent
- Abandon d’activités importantes au profit de l’alcool
- Boire dans des situations dangereuses, comme en conduisant ou en travaillant avec des machines
- Besoin de consommer davantage pour ressentir les mêmes effets
- Présence de symptômes de sevrage lors de la diminution ou de l’arrêt
Chris Tuell souligne que « au final, le trouble de l’usage de l’alcool se mesure moins à la quantité consommée qu’à tout ce que l’alcool commence à prendre dans la vie de la personne ». Il met aussi en garde contre le réflexe de se dire « tout le monde boit comme moi », précisant que « dire que toute la famille consomme quotidiennement ne rend pas cette habitude anodine », tout comme le fait que « tout le monde ait de l’hypertension » n’en fait pas une maladie sans risque.



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