Édulcorants dans les aliments ultra-transformés : un danger pour votre cerveau
Les édulcorants dans les aliments ultra-transformés liés à un déclin cognitif
Les boissons « light », les yaourts 0 % et certains biscuits sans sucre ajouté ont envahi les rayons des supermarchés. Leur promesse : un plaisir sucré sans calories. Cependant, une étude récente publiée dans la revue Neurology met en évidence une association entre la consommation élevée d’édulcorants présents dans ces aliments et un déclin cognitif plus rapide. Ce phénomène concerne principalement les personnes avant 60 ans et celles atteintes de diabète.
Les chercheurs brésiliens précisent qu’ils ne prouvent pas que ces édulcorants vieillissent réellement le cerveau, mais ils soulignent une corrélation statistique significative. L’étude suscite donc le débat sur la sécurité de ces substituts du sucre, encadrés par l’EFSA (Autorité européenne de sécurité des aliments) et déjà recommandés par l’OMS en 2023. La question demeure : jusqu’où peut-on consommer ces produits sans risque ?
Ce que révèle l’étude sur le déclin cognitif
Basée sur la cohorte ELSA-Brasil, l’étude a suivi 12 772 adultes d’une moyenne d’âge de 52 ans pendant environ huit ans. Leur alimentation a été évaluée à l’aide de questionnaires, et leurs capacités en mémoire, langage et réflexion ont été testées à trois reprises entre 2008 et 2019.
Les participants ont été répartis en trois groupes selon leur consommation d’édulcorants : en moyenne 20 mg par jour pour le groupe le moins consommateur, 191 mg/j pour le plus élevé. La quantité la plus couramment consommée correspond à peu près à une canette de soda « diet » pour l’aspartame. Le sorbitol était l’édulcorant le plus utilisé, à environ 64 mg/j. Les résultats montrent que les gros consommateurs présentent un déclin cognitif 62 % plus rapide que ceux qui en consomment peu, équivalent à environ 1,6 an de « vieillissement » du cerveau. Le groupe intermédiaire connaît un déclin 35 % plus rapide, soit l’équivalent de 1,3 an.
Les édulcorants concernés dans les aliments ultra-transformés
Les chercheurs ont étudié sept substances : aspartame (E951), saccharine, acésulfame-K (E950), érythritol, xylitol, sorbitol et tagatose. Les six premiers se retrouvent principalement dans des produits ultra-transformés comme les eaux aromatisées, les sodas et boissons énergétiques sans sucre, les yaourts allégés ou certains chewing-gums. La tagatose, quant à elle, n’a pas été associée à un déclin cognitif plus rapide.
Les édulcorants artificiels, qui apportent peu ou pas de calories en donnant un goût sucré, sont souvent perçus comme une alternative saine au sucre. Pourtant, selon Claudia Kimie Suemoto, ces résultats suggèrent que certains de ces substituts peuvent avoir des effets négatifs sur la santé cérébrale à long terme. Le sucralose, très utilisé en Europe, n’a pas été évalué dans cette étude, car il n’était pas disponible lors du suivi au Brésil.
Un signal à prendre au sérieux, mais encore préliminaire
Après avoir pris en compte l’âge, le sexe ou les maladies cardiovasculaires, l’association entre consommation d’édulcorants et déclin cognitif reste évidente surtout chez les moins de 60 ans et chez les personnes diabétiques. Chez les plus de 60 ans, le lien est moins clair. Les auteurs soulignent cependant les limites de l’étude : données auto-déclarées, absence de certains édulcorants, et grande variabilité dans les quantités consommées. Guillermo Garcia Ribas, neurologue, rappelle que ces résultats restent préliminaires et soulèvent la question de ce qu’implique une consommation excessive de ces substances.
Les doses observées dans l’étude restent inférieures à la dose journalière acceptable fixée par l’EFSA pour l’aspartame, qui est de 40 mg par kilo de poids corporel. Cela laisse penser que ces repères de sécurité ne garantissent pas forcément l’absence d’effets à long terme sur le cerveau. Guillermo Garcia Ribas insiste également sur le fait que les limites de consommation restent trop larges pour établir un seuil précis de risque.
En 2023, l’OMS a recommandé de ne pas utiliser les édulcorants sans sucre pour perdre du poids ou prévenir le diabète et les maladies cardiovasculaires. Selon Carmen Aragón, endocrinologue, cette recommandation s’appuie sur des revues montrant que ces produits ne favorisent pas une perte de poids durable et peuvent augmenter certains risques pour la santé. Guillermo Garcia Ribas conclut que cette étude rappelle surtout l’importance d’une alimentation variée et la réduction des aliments ultra-transformés, qu’ils soient sucrés ou « sans sucre ».



Laisser un commentaire